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Liège-Rome-Liège, vu par un concurrent des années 30: Ah ! comme le Président (du Motor Union) avait raison quand il proclamait que tous ceux qui rentraient à Liège méritaient le titre incontesté de champions de la route !
Dès ses balbutiements, l'automobile a donné envie à certains de s'affronter au volant de ces drôles de machines. C'est pourtant par des épreuves de motos que le Motor Union liégeois débuta ses activités, avant même la première guerre mondiale.
Ce n'est qu'en 1927 qu'il intégra des automobiles dans ses « championnats sportifs annuels », qui consistaient cette année-là à relier Liège à Biarritz et retour. Durant les trois années qui suivirent. Madrid remplaça la cité balnéaire française mais ce parcours fui assez vite jugé insuffisamment sélectif. L'idée de génie du Motor Union fut donc de créer le premier Liège-Rome-Liège l'année suivante. 73 heures de conduite non-stop (pour les meilleurs !), en passant par les cols alpins les plus ardus, évidemment pas encore asphaltés : à l'époque, le simple fait de revenir de cet enfer constituait déjà un authentique exploit ! Les témoignages de l'époque sont éloquents, comme celui d'un certain René Blockouse, cité dans le livre que Jean-Paul Delsaux a consacré à ce monument du sport automobile.
«(...) Les voilà au pied du Mont-Cenis (...) Dès que l'ascension commence, on se rend compte que ça n'ira pas tout seul : il ne peut être question d'être sujet au vertige. pas plus d'ailleurs que de vouloir maintenir là-dedans un 50 de moyenne. Les oreilles se mettent bientôt à bourdonner, la fraîcheur -pour ne pas dire le froid- s'imprègne sur les vêtements; là-haut, on passe dans des nuages de brume (...) Jusqu'à Suze, il faudra imposer aux freins un travail de Titan, et se morfondre devant une allure qui n'a plus rien de commun, voir même d'approché, avec le 50 km de moyenne (...) Gênes, enfin ! Environ 6OO km du premier but, mais hélas, la nuit est là (...) Et avec elle, pour ceux qui savent, le terrible tronçon Gênes-La Spezzia (...) Le cap Nervi, Rapallo, Chiavari, Levanto, Portonevere (...) autant de localités encaissées entre deux pics, deux pics qu'il faut escalader (...) Vous imaginez-vous quel courage il faut à celui qui ne connaît pas la route pour recommencer une ascension alors qu'il croit toujours être au bout de ses peines ? Comprenez-vous l'effarante résistance que doit présenter la voiture pour sortir vainqueur d'un pareil chantier.
Ah ! comme le Président [du Motor Union] avait raison quand il proclamait lundi soir que tous ceux qui rentraient à Liège méritaient le titre incontesté de champions de la route !(...) Se reposer ? Il n'en est pas question. Le fait d'avoir touché Rome appelle de nouvelles énergies : maintenant que la moitié du problème est résolue on va s'attaquer à l'autre avec un regain de vigueur (...) C'est pendant la nuit qu'il faudra repasser le mont Cenis: la troisieme nuit, la plus dangereuse pour le «coup de pompe », la plus propice à la défaillance. Ceux qui en triompheront -ils seront dix, vingt nom glorieux, souvenez-vous en- auront encore toute la France a traverser (...) avant d'arriver au fort de Loncin à Liège où l'enthousiasme délirant des foules marquait le point final à leur formidable performance. »
II ne faut que quelques années pour que les constructeurs automobiles du monde entier s'intéressent à cette épreuve hors du commun. Et en 1939, Bugatti, Peugeot, Wanderer, Lancia, BMW, Citroën, Chevrolet, Tatra, Alfa Romeo, Ford et bien d'autres considèrent le Liège-Rome-Liège comme le meilleur des bancs d'essais pour leurs voitures, certains engageant de gros moyens pour développer des engins spécialement conçus pour affronter ce « Grand Championnat d'Endurance et de Grand Tourisme pour Autos ».
Il faudra attendre 1950 pour que lépreuve renaisse des cendres de la guerre. Près de 90 concurrents sont au départ et le succès est immédiat. Après la victoire d'un équipage français sur Peugeot pour cette reprise, l'édition 51 va marquer les esprits. Par sa difficulté particulière mais aussi parce que le Belge John Claes l'emporte avec un... journaliste comme copilote. Jacques Ickx -qui n'est autre que le père de Jacky Ickx - a ainsi pu écrire quelques-unes des plus belles pages consacrées au Liège-Rome-Liège. Son article publié dans le journal « Les ports» du 21 août 1951 et intitule « Le franchissement du Gavia, chemin de muletier au sol naturel, véritable cross-country d'une seule main et sans freins ! » reste un exemple du genre...
«(...) Tous ceux qui, de l'extérieur, assistent à un exploit n'en connaissent jamais que quelques images-éclairs : mais pour ma part, passager du futur vainqueur, j'ai eu la double émotion d'y participer et en même temps d'y assister en entier (...) Personne ne peut imaginer ce que c'est que le Gavia avant d'y avoir passé lui-même. On vous parle d'un col : il serait plus indiqué de dire « une passe » (...) les lacets plus que capricieux de la piste surplombent un véritable abîme et c'est une impression à laquelle il est bien difficile de s'habituer de voir à chaque virage, la roue extérieure approcher, par la force des choses, à quelques centimètres du vide. Or cette voiture, quand il s'agit en tout cas de la Jaguar XK 120 pilotée par John Claes, avance littéralement par bonds, décollant des quatre roues, sébrouant en de brefs dérapages, se soulevant continuellement dun côté ou de l'autre suivant les accidents de terrain (...) A droite, apparemment très calme (...) John Claes «conduit d'une main » ! Ce n'est pas une dangereuse fantaisie mais bien une sévère obligation. Pour une raison encore inexpliquée, notre voiture est pratiquement sans freins depuis lIzoard et Claes doit travailler incessamment au frein à main (...) Qu'avons-nous fait durant la grande aventure ? Je vous le donne en mille : nous avons causé (...) En fait, en occupant ainsi nos esprits, nous trompions nos nerfs tendus et mations l'angoisse de ceux qui livrent une partie décisive (...) Ce n'est qu'à la fin des lacets que Claes me demanda tranquillement (...) « Tu penses que nous sommes encore dans le coup ? » La question me laissa bouche bée. Mais naturellement, imbécile ! lui répondis-je, car le Gavia autorise de ces familiarités. (...) Pourquoi ? « Parce que si ça vaut la peine, je pourrais aller plus vite. » Je n'eus qu'un mot : En avant ! Et ce fut un véritable démarrage. Je n'ai pas souvenir d'impression plus extraordinaire que ce «piqué » sur le flanc du Gavia. Claes était littéralement transporté, envahi comme on l'est à certains instants de sa vie par une personnalité supérieure dont la valeur transcendante ne laisse plus aucune place au doute. Son pilotage était magistral, je n'avais même plus la tentation d'intervenir en lui signalant l'obstacle... J'avais la « certitude » qu'il le passerait sans encombres. (...) Et puis. il fallut me rendre à l'évidence. Au lieu de 53 minutes que nous osions à peine espérer, Claes avait passé le Gavia en 47 minutes et quelques secondes, battant de plus de six minutes le record existant. A cette nouvelle ahurissante, nous fûmes brusquement en pleurs. Et la foule comprenant à notre poignée de mains silencieuse qu'il venait de se produire quelque chose de grand, partit d'une ovation spontanée qui ne s'arrêtait plus et qui nous acheva. Cinq minutes plus tard, nos mains tremblaient encore. »
Même si elles ne sont pas toujours aussi bien racontées, des histoires comme celle-là sont le lot presque quotidien du Liège- Rome-Liège. En 1958, alors qu'il a sagement décidé de suivre les épreuves un stylo à la main, Jacques Ickx nous éclaire encore sur quelques aspects de cette épreuve qui, petit à petit, se tourne vers la Yougoslavie, histoire de rester «le championnat du monde -officieux mais non moins véritable- de la route qui couronne annuellement la meilleure routière, non la plus puissante ». Les routes italiennes sont en effet devenues trop faciles pour les automobiles de la fin des années 50 et les organisateurs vont chercher la difficulté dans un pays moins industrialisé. Ce qui semble plaire à Jacques Ickx :«(...) la Yougoslavie se prête parfaitement à la deuxième journée du Marathon (...) car le sens même de l'épreuve n'est pas de chercher qui est le plus rapide dans les cols, mais quels hommes et quelles voitures sont encore les plus rapides après 60, 70 et 80 heures de route, c'est-à-dire ceux qui ont su rester dans la meilleure condition après cet effort. (...) le Motor Union a ainsi trouvé non seulement à revaloriser son épreuve mais à la porter à un nouveau stade, à lui ouvrir de nouveaux horizons. C'est la consécration d'un règlement et d'un parcours. Mais c'est surtout le couronnement d'une attitude. Celui qui n'accepte même pas l'idée de la défaite finit toujours par gagner. »
Malgré cette belle envolée, l'«exode» vers la Yougoslavie (qui poussera même les organisateurs à rebaptiser leur épreuve «Liège-Sofia-Liège » dès 1961) signifiait pourtant le début de la fin pour la grande classique liégeoise. En 1965 en effet, plus aucun pays européen n'accepte que les concurrents prennent des risques sur routes ouvertes et le Motor Union se replie sur le circuit du Nurburgring pour y organiser un « marathon de la route » en terrain plus politiquement correct. Mais ces 82 puis 96 heures du Nurburgring, même si elles partaient de la cité ardente, nauront jamais la saveur des vrais « Liège-Rome » et cest dans une ambiance assez morne que la dernière édition est organisée en 1971.
Ce n'est que 20 ans plus tard que des passionnés de rallyes historiques feront revivre la légende, dans le cadre d'une épreuve routière de régularité. Ce qui permettra au Liège-Rome- Liège de fêter ses 75 ans au mois de juin, sur les mêmes routes que celles empruntées en 1956. Mais ça, c'est une autre histoire.
Aujourd'hui le Liège Rome Liège n'est plus une épreuve réservée aux pilotes intrépides. Elle est devenue une rencontre de "gentleman drivers" à laquelle chacun peut participer. Il suffit d'avoir une voiture de plus de 25 ans. Pour savoir si votre voiture est éligible pour le Liège Rome Liège du 20 au 24 juin 2005 vous pouvez prendre contact avec l'organisation: tel 04 25419 50 ; fax 04 254 25 40 ; Email : contact@motorclassic.com ; site web : www.liegeromeliege.com
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